Revue de presse Procès

 

 






Ouest France 03/12/2008

OGM : neuf faucheurs devant le tribunal d'Angers

Une caravane de soutien aux faucheurs volontaires a sillonné la Bretagne (ici, à Vannes) et les Pays de la Loire, avant de se poser à Angers, à l'occasion de leur comparution au tribunal correctionnel d'Angers. Photo : Archives.

La justice leur reproche d'avoir détruit, en septembre 2007, un champ de maïs transgénique semé en Anjou par la coopérative Terrena. Le procès démarre jeudi.

Le 6 mars 2007, quand les administrateurs de Terrena décident de semer 35 hectares de maïs OGM pour tester l'étanchéité des filières OGM et non OGM, ils ne pensent certainement pas déclencher un tel feuilleton à rebondissements.

Le prochain épisode se déroulera, jeudi et vendredi, au tribunal de grande instance à Angers. Neuf faucheurs d'OGM y comparaissent, sur plainte de la coopérative d'Ancenis. Il leur est reproché d'avoir piétiné et détruit onze hectares de maïs transgénique Mon 810, dans la nuit du 9 septembre 2007, à Charcé-Saint-Ellier (Maine-et-Loire).

Il est ici question du maïs bt Mon 810, créé par le semencier américain Monsanto, la seule « variété » de maïs dont la culture est autorisée au sein de l'Union européenne. Les chercheurs ont transféré dans son patrimoine génétique un gène de la bactérie bacillus thurigiensis (bt) lui permettant de sécréter dans ses tissus une molécule insecticide qui le rend résistant aux attaques de la larve de pyrale, un ravageur du maïs.

Ce procès va de nouveau cristalliser l'opposition de deux camps. D'un côté Terrena, soutenu par l'interprofession des semences. Christophe Couroussé, directeur de la communication, parle « de plainte symbolique. Nous réclamons 1 € de dommages et intérêts. Le débat ouvert est légitime, mais la méthode du fauchage appelle condamnation. »

La coopérative invoque le droit à l'expérimentation et à la connaissance. « Nous voulions pouvoir répondre à la question suivante : y a-t-il un avantage à cultiver les OGM pour les agriculteurs, les consommateurs et les citoyens », se justifiait-elle dans une pleine page de pub dans la presse, au lendemain des fauchages.

De l'autre côté, les faucheurs disent lutter contre la mainmise des multinationales des semences sur l'alimentation et contre la dissémination irréversible dans l'environnement des organismes génétiquement modifiés sans en avoir mesuré les risques potentiels.

Ils sont soutenus par les agriculteurs biologiques dont le cahier des charges impose le zéro OGM. Et par les apiculteurs, fâchés tout rouge d'avoir dépisté du pollen de maïs transgénique dans les ruches à proximité des parcelles OGM. Les collectifs « non aux OGM » animeront un « village » de soutien tout au long du procès.

Depuis le fauchage du 9 septembre, le climat s'est apaisé à la faveur de deux décisions. Un, Terrena, après consultation de ses agriculteurs, a décidé de ne pas cultiver d'OGM au moins jusqu'en 2009. Deux, la France a fait jouer la clause de sauvegarde (aujourd'hui contestée par Bruxelles) pour suspendre la culture du maïs Mon 810 en France.

Les anti-OGM ne désarment pas pour autant. Le gouvernement a fait voter au printemps 2008 une loi organisant la coexistence entre cultures OGM et cultures conventionnelles.

Le délit de fauchage y est passible... de trois ans de prison et de 150 000 € d'amende pour la destruction d'une parcelle consacrée à la recherche.

Xavier BONNARDEL.

Ouest-France



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Ouest France 05/12/2008

Faucheurs volontaires, mais pas solitaires

Avant de rejoindre le tribunal, les neuf faucheurs volontaires sont montés sur une estrade dressée en leur honneur au coeur du village qui a poussé place Leclerc.

Venus soutenir les neuf prévenus jugés au tribunal, plusieurs centaines de sympathisants ont transformé la place Leclerc en village solidaire.

« On cherche les prévenus ! ». Dans le brouhaha chaleureux des conversations qui se tissent place Leclerc, l'annonce passe presque inaperçue. Alors les prénoms des neuf faucheurs volontaires convoqués au tribunal sont déclamés au micro. « Faut y aller ! ». Tranquillement, les intéressés grimpent sur l'estrade dressée en leur honneur. De là, ils ont une vue plongeante sur des tentes multicolores sous lesquelles déjeunent de nombreux sympathisants.

C'est un véritable petit village qui semble avoir poussé dans la nuit, avec sa place centrale, ses « habitants » qui discutent un verre de boisson chaude à la main. Les faucheurs volontaires sont déclinés sous tous les tons : les « mangeurs volontaires » peuvent poser leur assiette pour devenir des « buveurs volontaires », voire des « souteneurs volontaires », juste avant d'aller faire la vaisselle chez les « plongeurs volontaires ». Sans parler des toilettes sèches réservées... aux « chieurs volontaires ! ».

« Nous sommes tous des faucheurs »

Assis tranquillement à l'une des grandes tablées où l'on mange des plats forcément bio, José Bové passe, une fois n'est pas coutume, inaperçu. Sauf pour ses amis qui viennent le saluer chaleureusement. Sans fard, le symbole à moustaches dit sa joie d'être là. « La situation d'aujourd'hui est très intéressante. La coopérative Terrena a mis la charrue avant les boeufs. Elle s'est rendue compte, en consultant ses adhérents, que sa politique ne répondait pas à leurs attentes, ni à l'image de marque qu'ils souhaitaient mettre en avant ».

Plus que jamais José Bové revendique les actions des faucheurs volontaires « illégales, mais légitimes ». Et d'estimer : « Tous les essais menés sur les OGM depuis 2006 en France sont illégaux. » Et d'argumenter : « Si nous n'avions rien fait, le territoire serait aujourd'hui envahi par les OGM ». À l'instar des jugements rendus à Orléans, Versailles et Chartres, il souhaite que le tribunal d'Angers prononce la relaxe des faucheurs volontaires.

Dans la foule, discret et attentif, Etienne Davodeau ne perd pas une miette des échanges et de l'ambiance chaleureuses qui règnent dans le village. Le dessinateur de BD à dimension sociale est là « en repérage ». « C'est une cause qui m'intéresse. Je ne sais pas encore si les dessins et les photos que je prends donneront lieu à une publication ». Il rejoint bientôt sur les marches du tribunal José Bové, pour un face-à-face pacifiste avec 25 policiers et CRS.

Plusieurs centaines de sympathisants entament alors des chants, au rythme d'une fanfare joyeuse. Au compte-gouttes, les prévenus et les témoins franchissent la barrière policière. « Nous sommes tous des faucheurs ! », clame la foule. Dans un sourire, un manifestant ajoute : « Et tous des fauchés ! ».

Laurent BEAUVALLET.

Ouest-France



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Ouest France 05/12/2008

« Pourquoi j'ai fauché le maïs OGM de Terrena »

Hier, à Angers, les neufs faucheurs volontaires ont quitté en calèche l'atmosphère festive du village de soutien pour se diriger vers le palais de justice. Là, l'ambiance était plus tendue.

Un à un, les neuf faucheurs volontaires ont reconnu, hier, au tribunal d'Angers, avoir détruit onze hectares de maïs transgénique semé par la coopérative d'Ancenis. Et ils ont expliqué pourquoi.

« J'y étais. J'ai participé. » Les neuf faucheurs n'ont pas fui leurs responsabilités à la barre du tribunal correctionnel d'Angers. Ils comparaissent jusqu'à ce soir pour « destruction du bien d'autrui commise en réunion ».

Hier, un à un, ils ont reconnu les faits qui leur sont reprochés : avoir piétiné et détruit, dans la nuit du 7 au 8 septembre 2007, onze hectares de maïs OGM Mon 810 semé par la coopérative Terrena chez un agriculteur à Charcé-Saint-Ellier (Maine-et-Loire). À l'exception de l'un d'entre eux, dont le rôle se serait limité à « faire le guet ».

Sous le regard de José Bové

Dans la salle d'audience, on reconnaît les bacchantes rousses de José Bové, attentif aux déclarations des prévenus. Voix blanches et tremblantes, la tension est palpable. Elle contraste avec l'ambiance festive du village de soutien monté face au palais de justice, ceinturé par les forces de l'ordre.

« Notre action n'est pas dirigée contre l'agriculteur propriétaire du champ. Nous comprenons sa détresse », ont déclaré les prévenus en expliquant pourquoi « ils ont franchi le pas ». Denis Benoît, apiculteur bio, se sent menacé dans l'exercice de son métier : « Mon métier, c'est de travailler avec la nature. Je ne peux concevoir que les abeilles soient les complices de la dissémination irréversible des OGM. »

Longtemps tenu dans l'ignorance de la localisation des parcelles de maïs OGM, il finit par découvrir que l'un des champs transgéniques se situait à trente mètres de ses ruchers. Les analyses du laboratoire nantais Eurofins mettront

en évidence la présence de pollen transgénique dans ses ruches. « Je n'ai pas vendu le miel de ces ruches. Je respecte les consommateurs qui me demandent de garantir le zéro OGM de l'agriculture biologique. »

L'Angevine Patricia Daligault a pesé le pour et le contre : « Si je me trompe, j'aurais causé comme dégât l'arrachage de quelques pied s de maïs. Si Mon santo ou Terrena se trompent, c'est l'environnement et l'alimentation qui seront touchés. »

Sylvie Poulain, infirmière, ne veut pas d'un nouveau scandale sanitaire : « Les OGM pesticides ne sont pas soumis aux contrôles d'éco-toxicité des pesticides ; je suis très inquiète pour la santé publique. » Jean-Pierre Lebrun, agriculteur bio dans la vallée du Cher et adhérent de Terrena, ne comprend plus sa coopérative : « Je suis content d'avoir montré sur mon exploitation qu'une agriculture sans pesticides, c'est possible. Et on voudrait nous faire croire que les OGM sont obligatoires pour cultiver sans pesticides ! »

Yvette Dattée, agrégée de biologie, chercheur Inra retraitée, a apporté comme témoin un contrepoids aux arguments des faucheurs : « Le maïs OGM Mon 810 ne représente aucun risque pour la santé ou l'environnement », affirme-t-elle.

La scientifique s'appuie sur les avis concordant de la Commission du génie biomoléculaire et sur l'Agence française de sécurité sanitaire (Afssa), considérant que « le maïs Mon 810 est d'un même niveau de sécurité sanitaire qu'une variété de maïs traditionnel ». L'audience se poursuit aujourd'hui.

Xavier BONNARDEL.

Ouest-France


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Ouest France 06/12/2008

Du sursis requis contre les faucheurs d'OGM

Action de résistance contre une « technologie totalitaire » ou délit de destruction d'une culture ? Le tribunal d'Angers tranchera le 8 janvier.

Hier, au tribunal correctionnel d'Angers, Annabelle Aubry, substitut du procureur de la République, a requis des peines de prison de trois à quatre mois avec sursis à l'encontre de huit des neuf faucheurs comparaissant pour la destruction, en 2007, de onze hectares de maïs OGM semé par la coopérative Terrena (lire Ouest-France de vendredi). Quatre-vingt-dix jours-amende à 5 € ont été requis à l'encontre d'un neuvième prévenu.

Selon elle, les prévenus doivent être condamnés pour « un délit de destruction en réunion. Le rôle du ministère public est d'analyser les faits au regard de la loi et non de porter un regard sur la légitimité d'un combat. »

Les prévenus, assène-t-elle, ont fait preuve de « désobéissance criminelle ». Et non de désobéissance civile, « action pacifique à visage découvert respectant les exigences de la civilité après épuisement des actions légales ».

Auparavant, les avocats des parties civiles (Terrena, l'agriculteur cultivateur de semences, le syndicat des multiplicateurs de semences en Anjou et la Fédération nationale de production de semences de maïs) ont insisté sur les préjudices subis par le propriétaire du champ : « atteinte à la liberté d'entreprendre et au droit de propriété ; violence morale, l'agriculteur ayant découvert son champ dévasté en présence des journalistes alertés par les faucheurs ».

« Des citoyens, non des délinquants »

« Vous avez devant vous des citoyens et non des délinquants. Ils sont l'écho d'un mouvement social : 80 % des Français s'opposent aux OGM, a rétorqué Nicolas Gallon, avocat de la défense. Nous défendons ici le droit de manger sans OGM, de cultiver sans OGM. Nous invoquons la Constitution selon laquelle les citoyens doivent agir pour préserver l'environnement. »

La défense a plaidé « l'état de nécessité face à un danger immédiat » : « Il y a danger de contamination irréversible par une culture impérialiste, totalitaire, qui brevète le vivant dans le secret, qui s'impose par la force et qui dit aux abeilles : « allez butiner ailleurs ! » »

Toujours selon la défense, « le procès est anachronique », étant donné que la clause de sauvegarde actionnée par la France suspend la culture du maïs OGM Mon 810, donnant postérieurement raison aux faucheurs. Enfin, le 21 octobre, le Conseil d'état a annulé les autorisations de tous les essais d'OGM en cours depuis 2004.

Xavier BONNARDEL.

Ouest-France



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