Infos février-mars 2009

Sommaire:     1- Barroso, l’ami des OGM

                        2
- Lannion. L'arrêté anti-OGM suspendu par le tribunal

                              3- OGM : des scientifiques US, spécialistes du maïs, l’affirment "L’industrie fait obstacle à la recherche !"   (beaucoup à lire)

                               
4- OGM : les experts de l'Afssa se plaignent d'être dénigrés

                         5- "Nourrir 9 milliards d'humains sans OGM, c'est possible"


                         6- Menaces sur la biodiversité

                         7- Le Conseil Economique Social et Environnemental soutient les OGM et une privatisation des semences équivalente au brevet

- Barroso, l’ami des OGM

            Le Président de la Commission européen, José Manuel Durao Barroso s’est pris une nouvelle claque, lundi dernier, sur les OGM : une majorité qualifiée d’États a, en effet, refusé de forcer l'Autriche et la Hongrie à autoriser la culture sur leur sol d’un maïs génétiquement modifié de la firme américaine Monsanto (le MON 810). Seuls cinq pays sur 27 — Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède, Finlande et Estonie — ont soutenu la demande de l’exécutif européen, qui invoquait le risque de plainte à l'OMC, de lever les « clauses de sauvegarde » décidées par ces deux pays. Le vote n’était pas joué d’avance, l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique et l’Estonie ayant hésité jusqu’au bout.


            Il s’agit d’une très grave défaite pour Barroso qui a refusé de voir les signaux envoyés par les États membres et même ses commissaires, se comportant comme le VRP de la firme Mosanto. « Je ne vois pas pourquoi on devrait suivre les intérêts d'une seule entreprise américaine et fâcher les citoyens des États membres », a d’ailleurs déclaré le ministre allemand de l'Environnement, Sigmar Gabriel. Il n’est néanmoins pas exclu que Barroso revienne à l’assaut, la France et la Grèce appliquant elles aussi un moratoire sur la mise en culture de ce maïs. Il faut savoir que si l’Union autorise la commercialisation des OGM, une seule semence, le MON 810, a été homologuée pour la culture — en 1998 — et pour dix ans. Circonstance aggravante, le renouvellement de cette autorisation est en cours d'évaluation : l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) a demandé à Monsanto des « informations supplémentaires concernant l'impact environnemental »… En décembre dernier, les Vingt-sept avaient exigé que la Commission recueille une expertise plus large lors de l'examen des demandes d'autorisation d'OGM, en prenant en compte les structures agricoles et les particularités écologiques des régions européennes.


Le groupe Vert du Parlement européen estime que Barroso a fait un pas de trop : il a proposé hier aux autres groupes de déposer une motion de censure contre la Commission (il faut la signature de 10 % des eurodéputés pour qu’elle soit déposée et un vote des 2/3 des présents représentant la majorité des membres du Parlement pour qu’elle soit adoptée…). Dans une lettre envoyée, hier soir, au président de la Commission, Daniel Cohn-Bendit (photo: JQ) et Monica Frassoni, les coprésidents des Verts, se disent « profondément préoccupés par la manière dont vous tenter d’imposer l’autorisation de variétés de cultures OGM dans l’UE alors que celles-ci sont sujets à de très vives controverses ». Ils rappellent que « précédemment, à deux reprises (2006 et 2007), alors que vous demandiez la levée de ces interdictions, vous aviez reçu un signal similaire de prudence d’une majorité d’États membres, prudence motivée par des doutes fondés quant aux impacts de la culture des variétés OGM sur la santé publique, la biodiversité et l’agriculture ». « Plutôt que de prendre ces préoccupations au sérieux, vous avez délibérément choisi d’exercer une pression plus importante encore pour promouvoir la culture d’OGM dans l’UE ».


Les Verts, sachant qu’une censure pure et simple n’a aucune chance d’être votée, proposent une « motion de censure conditionnelle », sur le modèle de celle qui a été adoptée en 1997 par le Parlement européen à la suite de l’affaire de la vache folle afin de placer la Commission sous la surveillance des élus.



- Lannion. L'arrêté anti-OGM suspendu par le tribunal       - 6 mars 2009 -

 

                Le tribunal administratif de Rennes a ordonné, hier, la suspension de l'arrêté anti-OGM pris par le maire de Lannion, le 1eroctobre 2008.

                Le juge des référés du tribunal administratif de Rennes, saisi par le préfet des Côtes-d'Armor, a ordonné, hier, la suspension de l'arrêté anti-OGM pris par le maire de Lannion, le 1eroctobre 2008. Cet arrêté vise à interdire, pour un an, les essais et cultures en plein champ de plantes génétiquement modifiées, sur les zonesA du plan local d'urbanisme.

 

«Pas de péril imminent»

 

Selon le préfet, cet arrêté du maire n'est pas conforme à la loi, selon laquelle «toute dissémination volontaire d'OGM est subordonnée à une autorisation de l'autorité administrative, en l'occurrence le ministre de l'Agriculture ». Dans ces conditions, «le maire ne peut, en l'absence de péril imminent, s'immiscer dans l'exercice des pouvoirs de police spéciale relevant des attributions de l'État et ce, alors qu'aucune culture ni essai d'OGM ne sont autorisés sur la commune de Lannion», avait argumenté le préfet devant le tribunal. Le juge a retenu cet argument et considéré qu'il créait «un doute sérieux» sur la légalité de l'arrêté. Ce qui l'a conduit à ordonner la suspension. Pour sa défense, la ville de Lannion a fait valoir les risques de dissémination des OGM et le danger pour l'agriculture biologi que, que Lannion encourage. Elle a aussi mis en avant «une opposition locale forte aux OGM, d'où résultent des risques de trouble à l'ordre public que la commune ne serait pas en mesure de maîtriser». Après ce jugement en référé, le tribunal devra par la suite se prononcer sur le fond du dossier et déterminer si cet arrêté anti-OGM doit être annulé ou non.

 

 

http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/cotesarmor/lannion-l-arrete-anti-ogm-suspendu-par-le-tribunal-06-03-2009-277412.php


- OGM : des scientifiques US, spécialistes du maïs, l’affirment "L’industrie fait obstacle à la recherche !"

 

    23 février 2009,

Par Christian Berdot

 

         Dans une réclamation inhabituelle, un groupe de scientifiques universitaires [1] affirment que les compagnies de biotechnologies les empêchent de pouvoir mener des recherches complètes sur l’efficacité et les impacts des plantes modifiées génétiquement, commercialisées par l’industrie. (Article d’Andrew Pollack, paru le 19 Février 2009, dans le New York Times - Traduction : Christian Berdot, Amis de la Terre)

     Dans une déclaration présentée au Ministère de la Protection de l’Environnement (EPA), les scientifiques écrivent que « aucune recherche vraiment indépendante ne peut être légalement menée sur de nombreuses questions critiques ». L’EPA recherche des commentaires scientifiques provenant de la recherche publique pour des conférences sur les plantes biotechnologiques, qui doivent se tenir la semaine prochaine.

        Cette déclaration viendra certainement soutenir les groupes critiques vis-à-vis des plantes génétiquement modifiées, comme les groupes écologistes, qui se plaignent depuis longtemps déjà, que les plantes n’ont pas été étudiées de façon complète et suffisante et pourraient avoir des effets inattendus sur la santé et l’environnement.


        Les chercheurs, 26 scientifiques spécialisés dans l’étude des insectes du maïs, ont retiré leur nom car ils craignaient que les compagnies ne les excluent de leurs recherches. Cependant, plusieurs d’entre acceptèrent, lors d’interviews, que leur nom soit cité.

        Pour les scientifiques, il est problématique que les agriculteurs et les autres acheteurs de semences génétiquement modifiées aient à signer un accord visant à garantir que, lors de la culture, les droits des compagnies sur les brevets ainsi que les règlements environnementaux sont bien respectés. Cet accord interdit aussi l’utilisation des plantes à des fins de recherches.


Ainsi, alors que des chercheurs universitaires peuvent acheter librement des pesticides ou des semences conventionnelles pour leurs recherches, ils ne peuvent le faire avec des semences modifiées génétiquement. Il leur faut obtenir la permission des compagnies semencières. Et parfois, la permission leur est refusée ou bien les compagnies insistent pour examiner toutes les conclusions avant qu’elles ne puissent être publiées.


Pour les scientifiques, ces accords sont depuis longtemps un problème, mais ils le font savoir publiquement car la frustration s’est accumulée.

Pour Ken Ostlie, entomologiste à l’Université du Minnesota et lui-même signataire de la déclaration, « Si une compagnie peut contrôler les recherches qui paraissent dans le domaine public, elle peut réduire les aspects négatifs potentiels qui peuvent survenir dans toute étude ».


               Il est frappant de constater que les scientifiques qui ont exprimé cette protestation - et qui proviennent en grande partie d’universités financées par les états avec de grands programmes agricoles - affirment ne pas être opposés à la technologie. Au contraire, pour eux, en étranglant la recherche, l’industrie les empêche de fournir aux agriculteurs des informations sur les meilleurs moyens de faire pousser les plantes. De plus, ajoutent-ils, les données fournies aux organismes de contrôle gouvernementaux sont « excessivement restreintes ».

             Pour Elson J. Shields, professeur d’entomologie à l’Université de Cornell, les firmes « peuvent potentiellement pratiquer le blanchissage des données et des informations soumises au Ministère de la Protection de l’Environnement (EPA) ».

William S. Niebur, le vice-président en charge de la recherche sur les cultures pour DuPont - qui possède la grande compagnie semencière Pioneer Hi-Bred - défend la politique de sa firme. Pour lui, étant donné que les plantes génétiquement modifiées sont soumises à la réglementation du gouvernement, les compagnies doivent contrôler avec soin la façon dont elles sont cultivées. « Nous devons protéger nos relations avec les agences gouvernementales en ayant des mesures de contrôle très strictes de cette technologie ». Mais il rajoutait qu’il serait heureux de pouvoir parler de leurs problèmes avec les scientifiques.

              Monsanto et Syngenta, deux autres firmes de semences GM, déclarèrent jeudi, qu’elles soutenaient la recherche universitaire. Mais elles affirmèrent comme Pioneer, que leurs contrats avec les acheteurs de semences avaient pour but de protéger leur droit de propriété intellectuelle et de respecter les obligations réglementaires. Pourtant, Dale Emery, porte parole du ministère de la Protection de l’Environnement, déclarait jeudi que le gouvernement n’exigeait que la gestion de la résistance aux insectes de la plante et que toute autre restriction contractuelle était mise en place par les compagnies. L’accord de Syngenta avec le cultivateur interdit non seulement la recherche en général, mais spécifie qu’un acheteur de semences ne peut comparer le produit de Syngenta avec aucune autre semence rivale.

Le Dr Ostlie de l’Université du Minnesota avait en 2007, la permission de trois compagnies pour comparer dans quelles mesures leurs variétés de maïs insecticides se comportaient bien contre le vers de la racine du maïs, dans cet état. Pourtant, en 2008 Syngenta retira sa permission et l’étude dut être arrêtée. Pour le Dr Ostlie « La compagnie a juste décidé qu’il n’était pas dans son intérêt de la laisser se poursuivre ».


         Mark A. Boetel, professeur associé d’entomologie à l’université d’état du Dakota raconte qu’avant que les semences de betteraves sucrières GM soient vendues pour la première fois aux agriculteurs l’an dernier, il souhaitait tester comment la plante réagirait à un traitement insecticide. L’université n’a pas pu obtenir un accord sur la publication et les droits de propriété intellectuelle, avec les deux compagnies responsables, Monsanto et Syngenta.

De son côté, Chris DiFonzo, une entomologiste de l’Université d’état du Michigan évitait, lorsqu’elle menait des études sur les insectes, les champs avec des plantes transgéniques car sa présence mettrait l’agriculteur en situation de violation de l’accord du cultivateur.

           
         Un panel scientifique consultatif de l’EPA prévoit de tenir deux réunions la semaine prochaine. Une réunion se penchera sur la demande de Pioneer Hi-Bred concernant une nouvelle méthode qui réduirait la part du champ d’un agriculteur devant être réservée comme refuge destiné à prévenir l’apparition de résistance chez les insectes à son maïs insecticide. La deuxième réunion abordera d’une façon plus générale les cultures GM insecticides.

        Christian Krupke, professeur assistant à l’Université de Purdue, a déclaré qu’étant donné que des scientifiques externes n’ont pu étudier la stratégie de Pioneer, « il ne pense pas que les inconvénients potentiels ont été évalués de façon critique par autant de personnes que cela aurait été nécessaire ». Le Dr Krupke est le président du comité qui rédigea la déclaration, mais il n’a pas voulu dire s’il l’avait signée.

          Le Dr Niebur de Pioneer, répondit en affirmant que sa compagnie avait collaboré lors de la préparation de ses données avec les Universités de l’Illinois de l’Iowa et du Nebraska, les états les plus touchés par ce ravageur particulier.

Pour le Dr Shields de l’université de Cornell, le financement de la recherche agricole est passé graduellement du secteur public, au secteur privé. De nombreux scientifiques universitaires sont devenus dépendants, du financement ou de la coopération technique, de la part des grandes compagnies semencières. Il explique : « Les gens ont peur d’être mis sur des listes noires. Si votre seule tâche est de travailler sur des insectes du maïs, que vous avez besoin des dernières variétés de maïs et que les compagnies décident de ne pas vous les donner, vous ne pouvez pas travailler ».

Article original voir ICI

 

[1] Numéro de référence du commentaire : 8084de39

La déclaration suivante a été déposée par 26 scientifiques de premier plan, spécialistes des insectes du maïs et qui travaillent dans des instituts de recherches publics, situés dans 16 états producteurs de maïs. Tous ces scientifiques ont participé activement dans les Projets Régionaux de Recherches NCCC-46 « Développement, Optimisation et mise au point de stratégies de gestion du vers de la racine du maïs et d’autres insectes souterrains, ravageurs du maïs » et/ou d’autres projets liés aux ravageurs du maïs. La déclaration peut s’appliquer à toutes les décisions du Ministère de la Protection de l’Environnement sur les PIP, (Protection Incorporées dans les Plantes) et pas seulement à ce panel scientifique consultatif.

Déclaration :

« Les accords de technologie / gestion exigés pour l’achat de semences modifiées génétiquement interdisent explicitement la recherche. Ces accords empêchent les scientifiques publics de poursuivre le rôle qui leur est imparti au nom du bien public, à moins que l’industrie n’approuve la recherche. Il résulte de cet accès limité qu’aucune recherche vraiment indépendante ne peut être légalement menée sur de nombreuses questions critiques concernant la technologie, ses performances, ses implications pour la gestion (des cultures), la gestion des résistances aux insectes et ses interactions avec la biologie des insectes. Il en résulte que les données en provenance du secteur public parvenant à un panel scientifique consultatif de l’EPA, sont excessivement restreintes. »

Pour voir l’original en anglais : Public Submission : EPA-HQ-OPP-2008-0836-0043



- OGM : les experts de l'Afssa se plaignent d'être dénigrés

Marc Mennessier
03/03/2009

Dans leur communiqué, les 23 signataires notent que «les avis émis par les comités d'experts scientifiques ne sont pas systématiquement favorables à tous les OGM» mais que «curieusement, les avis négatifs ne sont jamais objets de récriminations.»

Une vingtaine de scientifiques font part de leur exaspération face à la «diffamation» dont ils sont l'objet de la part des opposants aux OGM.

 

«Les experts en ont assez !» C'est sous ce titre rageur que 23 scientifiques, membres pour la plupart de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et de l'ex-Commission du génie biomoléculaire, ont diffusé la semaine dernière un communiqué dénonçant les attaques dont ils sont l'objet depuis la publication dans le Figaro d'un avis concluant à l'absence d'effets sur la santé humaine et animale du maïs transgénique MON 810, interdit à la culture en France depuis un an. «Les experts doivent pouvoir travailler dans la sérénité, ils en ont assez du dénigrement, voire de la diffamation dont ils sont l'objet de manière répétée», peut-on lire dans le communiqué publié vendredi dans la lettre électronique de l'Association francophone pour l'informatique agricole.

«Les déclarations de Corinne Lepage à l'AFP ont été la goutte d'eau, confie Philippe Joudrier, président du comité d'experts «biotechnologies» de l'Afssa . L'ancienne ministre de l'Environnement brocardait «les soi-disant rapports de l'Afssa et de l'Efsa (son homologue européenne) pour valider le maïs MON 810», les comparant aux «rapports des années Tchernobyl niant une contamination de la France.» Dans la foulée, le biologiste Christian Velot affirmait sur le site Internet du Nouvel Observateur qu'«il est de notoriété publique que certains des experts de l'Afssa sont des partisans systématiques, et de longue date, des OGM.» Des propos qui auraient pu valoir «une plainte en diffamation», déplore Philippe Joudrier. Mais les procédures judiciaires, ce n'est pas notre cœur de métier, nous avons préféré réagir en publiant ce communiqué.»

C'est la première fois que des experts mandatés par des agences publiques en charge de l'évaluation des risques potentiels des OGM sur la santé et l'environnement montent ainsi au créneau pour répondre à leurs détracteurs.A ceux qui les accusent, à longueur d'interviews, d'entretenir des liens étroits avec les producteurs d'OGM, ils «rappellent publiquement leur engagement d'indépendance» vis-à-vis de «tout groupe d'intérêts en relation avec leur mission.»

«Depuis le temps que l'on nous reproche d'être à la solde de Monsanto, il serait temps que ceux qui nous traitent de corrompus en apportent la preuve. C'est du trucage de A à Z !» s'emporte le Professeur Louis-Marie Houdebine, expert OGM à l'Afssa et à l'Efsa. Quand j'entends Jean-Louis Borloo, déclarer, mardi, qu'il faut, «une vraie expertise pluridisciplanaire et indépendante» en Europe, je me dis qu'on marche sur la tête, que nos gouvernants sont prisonniers du deal qu'ils ont passé l'an dernier avec les écologistes lors du Grenelle de l'Environnement : l'apaisement sur le nucléaire contre un moratoire sur le maïs MON 810.»

Interrogée par le Figaro, la directrice de l'Afssa, Pascale Briand, nous a fait part de sa «forte préoccupation face aux attaques dont sont victimes ces scientifiques de haut niveau» dont elle comprend l'agacement. Selon elle, «la qualité de leur expertise pluridisciplinaire, collective et indépendante ne peut être mise en doute. C'est le cas sur les OGM comme sur tous les autres dossiers qui leur sont soumis.» Mme Briand s'étonne par ailleurs que «les médias ne mettent jamais en avant les avis négatifs formulés par l'Afssa sur les OGM qu'elle a étudiés. Or depuis dix ans, cela s'est produit dans 55 % des cas.»

Dans leur communiqué, les 23 signataires notent eux aussi que «les avis émis par les comités d'experts scientifiques ne sont pas systématiquement favorables à tous les OGM» mais que «curieusement, les avis négatifs ne sont jamais objets de récriminations.»

Plus généralement, ils considèrent que «leurs conclusions ne doivent pas servir de prétextes à des prises de positions basées, en réalité, sur des arguments économiques, sociologiques ou politiques de quelque bord qu'ils soient.» Un vœu pieux ?

 

- "Nourrir 9 milliards d'humains sans OGM, c'est possible"


Propos recueillis par Diana SEMASKA


Eco-Life.fr, le journal de l’économie durable 

                 2050: la Terre porte 9 milliards d'humains. Pour que la planète supporte ce poids, prévu par les études démographiques, pas de solution miracle. Marc Dufumier, Professeur d'agronomie au sein d'AgroParis Tech (Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement), rappelle que seule l'intégration des écosystèmes dans l'agriculture, ou agroécologie, serait viable.

 

 

Marc Dufumier explique en quoi consiste l'agroécologie.

 

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Bové: "Une inversion du principe de précaution"

 

window.google_render_ad();Qu'est ce que l'agroécologie?

Il s'agit de l'agronomie la plus efficace possible, basée sur nos savoirs scientifiques. C'est une agronomie savante et véritablement minutieuse, puisqu'elle doit tenir compte du fonctionnement global de l'écosystème. L'objet du travail n'est plus la plante seule, ni même le sol. C'est tout le travail conjoint par les cycles du phosphore, de l'eau, du carbone, de l'azote, sur lequel on va travailler afin d'optimiser la production, et nourrir 9 milliards de personnes en 2050. Dans l'agroécologie, il faudra utiliser au mieux les ressources renouvelables: le soleil, mais aussi le carbone et l'azote de l'air. L'agriculture écologique utilisera moins de produits issus de l'exploitation des ressources non renouvelables comme le gaz ou le pétrole, c'est-à-dire les engrais chimiques et pesticides.

 

Pourquoi la modification du génome (OGM) ne serait-elle pas la solution?

Pour la simple et bonne raison que la génétique n'est pas le facteur déterminant de la culture d'une plante dans la nature. C'est l'écosystème tout entier qui détermine un rendement optimal, c'est-à-dire une production maximum pour des coûts minimums. Nous ne pouvons absolument pas prévoir quelles seront les conséquences des cultures en plein champ d'OGM. En revanche, nous avons la certitude que ces derniers constituent de très fortes pressions de sélection sur les autres êtres vivants.

 

Avez-vous un exemple concret?

En Chine, pour éviter que les capsules du coton ne soient dévorées par les chenilles, on a cultivé du coton Bt [NDLR: composé d'un gène issu d'une bactérie produisant de la toxine botulique qui agit comme un insecticide]. Or, celui-ci a favorisé le développement d'une autre espèce de chenille, qui elle, mange les feuilles... mais a développé par ailleurs une résistance à la toxine. Résultat, les cultures ont été envahies par cette chenille qui mangeait à la fois feuille et capsule. Tout cela, malgré la modification génétique, pour en venir à l'épandage de nouveaux insecticides. Dans la mesure où les écosystèmes sont extrêmement complexes et que nous sommes loin de les maîtriser, les OGM ne peuvent être cultivés en plein champ. C'est trop risqué. On ne peut donc compter sur ces cultures pour nourrir les futures générations.

 

Mais en quoi les OGM sont-ils tellement différents des variétés créées par l'homme depuis le Néolithique?

En réalité, les OGM sont en totale continuité avec l'agriculture pratiquée dans les pays riches depuis un siècle et demi, et les pays en développement depuis un demi-siècle. C'est cette agriculture-là, qu'on appelle productiviste, qui a constitué une vraie rupture avec l'agriculture développée depuis le Néolithique. Autrefois, le paysan était maître de ses créations variétales. Dans un champ de maïs sud-américain par exemple, il choisissait les plus beaux épis, et parmi ceux-ci, les plus beaux grains, qu'il hybridait entre eux. Au cours de l'Histoire, d'autres critères de sélection comme le goût, la facilité de culture, se sont ajoutés, mais il restait un critère inaliénable: l'adaptation de la nouvelle variété à son environnement. Et non pas l'inverse! Et comme chacun faisait ces hybridations dans son écosystème, on est parvenu à une énorme biodiversité culturale, et animale.

 

Quand les choses ont-elles changé?

Lors de la révolution industrielle, les hommes ont commencé à investir d'énormes quantités d'argent dans la création de variétés. Pour amortir ces millions, ils ont dû vendre de très gros volumes de semences. Il a fallu évidemment mettre de côté certains critères de sélection, jusqu'à n'en garder plus qu'un : le rendement par hectare. En parallèle, les cultivateurs ont gommé les caractéristiques locales, rédhibitoires si l'on voulait cultiver sous toutes les latitudes, comme les différences de sensibilité à la durée du jour et de la nuit, qu'on appelle photopériodisme.

 

Ces plantes n'étaient donc pas adaptées à leur environnement?

Clairement, non. Et ce, d'autant plus qu'elles n'étaient efficaces que dans les conditions expérimentales dans lesquelles elles avaient été créées. A savoir, un environnement très contrôlé, sans cailloux ni insectes. Mais lorsqu'il a fallu cultiver en plein champ, ces plantes, qui n'avaient pas été sélectionnées sur d'autres critères que le rendement, n'ont pas résisté aux attaques de champignons, insectes, et maladies. D'où la nécessité des engrais et pesticides chimiques de synthèse.

 

L'agroécologie apporte la qualité, certes. Mais comment produire en quantités sans engrais?

Le soleil, l'azote, la potasse, le phosphore et les éléments minéraux sont aujourd'hui sous-utilisés, alors que ce sont eux, les vrais facteurs de croissance! Aujourd'hui, nos engrais azotés sont fabriqués par le gaz naturel de Russie. Les protéines qui nourrissent notre bétail viennent du Brésil. Nous pouvons faire autrement. Ces protéines peuvent être fabriquées par les légumineuses (luzerne, fèves, pois chiches, lentilles, trèfle, etc.), combinées à la rotation des cultures. Mis à part la rupture technologique, et le fait d'avoir franchi une barrière entre espèces, les OGM continuent dans la même logique que l'agriculture productiviste et ne résolvent rien. Croire que la production des pesticides par la plante elle-même permettra de s'en affranchir est une fuite en avant.

 

- Menaces sur la biodiversité

« L’industrie génétique remet en cause la possibilité même de nos enfants de se nourrir »

OGM de deuxième génération, plantes mutées à coup de radiations, semences de synthèse dont les gènes seront numérisés et privatisés… Guy Kastler nous décrit ce que préparent les multinationales de l’industrie génétique et agroalimentaire. Des projets à faire frémir. Le délégué général du Réseau semences paysannes explique également comment nous, jardiniers paysans ou simples citoyens urbains, pouvons empêcher cette destruction programmée du vivant.
[Lire la suite]
http://www.bastamag.net/spip.php?article477 

- Le Conseil Economique Social et Environnemental soutient les OGM et une privatisation des semences équivalente au brevet

 


En adoptant le projet d’avis 
« Semences et recherches : des voies du progrès » présenté par le vice président des chambres d'agricultures, le CESE (Conseil Economique Social et Environnemental)  a choisi ce mercredi 11 mars de soutenir le lobby semencier.

 

Cet avis demande à l’Assemblée nationale d’examiner, "en vue de son application rapide", le projet de loi sur les obtentions végétales adopté par le Sénat en 2006. Ce projet fait du paysan reproduisant sa semence un contrefacteur : il doit rémunérer les obtenteurs, même lorsqu'il reproduit une variété qui n'est pas protégée par Certificat d'Obtention Végétale (COV).

 

Ce projet de loi autorise le fichage génétique de l’ensemble des plantes cultivées.

Les semenciers pourront retrouver leurs variétés jusque dans les champs des paysans et les rayons des magasins et confisquer les récoltes ou les produits en cas de « contrefaçon ».

 

Ce projet de loi fait du Certificat d’Obtention Végétale une confiscation des semences équivalentes au brevet. De plus, contrairement au brevet, le COV n’exige pas de décrire l’invention protégée, le consommateur n’est donc pas informé de la technique utilisée pour la sélection de la variété. Les tournesols et les colzas mutés par irradiation par la recherche française pour résister aux herbicides pourront alors contaminer en toute légalité les plantes sauvages et les champs français. C’est pourtant pour s’opposer à des contaminations semblables que la France a refusé la culture sur son territoire des colzas OGM.

 

La Confédération Paysanne proteste vigoureusement contre l'avis du CESE qui, en recommandant de relancer en France la recherche pour les cultures d'OGM, ignore le principe de précaution réclamé par une grande majorité des français et mis en application par le gouvernement. Nous revendiquons les droits des paysans à ressemer leur récolte et des consommateurs à être informés sur les produits qu’ils consomment.

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